terça-feira, fevereiro 26, 2008

"Hôtel de l’insomnie"


"Hôtel de l’insomnie"

C’est un retour vers la poésie et ses illustres figures pour Dominique de Villepin. Depuis son dernier ouvrage consacré aux poètes français et du monde entier, Eloges des voleurs de feu (Gallimard, 2003), l’ancien Premier ministre revient avec Hôtel de l’insomnie.
Le feu, l’insomnie, c’est tout un vocabulaire de l’éveil que l’on retrouve dans les oeuvres de Dominique de Villepin. La poésie a marqué son enfance et perdure au-delà de son parcours politique aujourd’hui achevé.
En effet, chez Dominique de Villepin, les poèmes sont des fragments éparpillés dans la vie de tout homme, cette vie perçue comme un labyrinthe sombre et tortueux, où l’homme s’y égare, à la merci du fils adultérin de Pasiphaé :
"Face aux Minotaures, ce fil d’encre et de papier m’a aidé à tenir le cap. A chaque feuillet, j’ai voulu m’alléger, me désamarrer : creuser en moi la force d’avancer jusqu’au retournement de la conscience où l’épreuve devient une chance de libération."
Face à la peur et à l’incertitude qui frappent une vie vacillante, l’homme doit devenir poète et recomposer les fragments laissés par ces prédécesseurs ; de là se dégage une lumière parmi les ténèbres, la renaissance perpétuelle de l’espoir humain grâce aux poètes :
"Mais peut-être notre meilleur allié est-il parfois le mauvais sort. A minuit, la solitude se brise par la grâce des compagnons sollicités, compagnons invisibles qui défrichent la vie aux avant-postes, qui fixent des repères, qui nous donnent des mots comme autant d’armes pour notre propre combat (...) Et au matin, le miracle se renouvelle : l’homme s’éveille, libre de toutes entraves."
Dominique de Villepin écrit au fil de l’ouvrage les nombreux et sombres épisodes qui ont marqué la vie de poètes reconnus : la fin tragique de Federico Garcia Lorca, tombé sous les balles franquistes après avoir été le héraut du "duende", l’esprit caché espagnol ; le suicide de Celan, poète en quête d’une identité perdue et finissant par écrire avec la langue de ses bourreaux ; la mort brutale de Charles Péguy sur le front en 1914 et la fin précoce de Guillaume Apollinaire...
Nombre d’exemples de ces vies perturbées par le destin mettent aussi en avant l’espoir que fait naître "la chair des mots", cette création du langage, fruit de l’esprit libre et libéré des poètes. Or, s’ils sont encerclés par des fléaux mortels, ces poètes, par leurs créations, parviennent à faire jaillir la lumière de la vie, alors qu’ils sont aux frontières de la mort.
La plus belle et la plus émouvante des proses est celle consacrée à Adonis, poète syrien, mais dont le destin a toujours été celui d’un être déraciné. Dominique de Villepin y rappelle sa perpétuelle quête de soi :
"Le déraciné, à défaut de pouvoir atteindre un point insaisissable dans l’avenir, remonte vers l’incertitude des origines. ’Je porte mon abîme et je marche’, clame Adonis. la chute est son état. Où donc se fixer, quel repère trouver ?"
C’est aussi avec Adonis que l’ancien Premier ministre réaffirme que le poète peut vaincre la mort par la littérature et la poésie : si la mort l’emporte souvent sur l’être de chair, elle ne peut pas vaincre la force d’un poème devenu éternel.
Exilé par la meute des courtisans qui déjà le haïssait, Dominique de Villepin a malgré tout conservé l’oeil politique. Son ouvrage est de son propre aveu "un carnet de résistance" devant l’état déplorable de la politique française :
"Prisonnier des miroirs, privé de l’aiguillon tragique, le pouvoir se peuple de chimères. Et si puissant l’effondrement de la conscience, le reniement de l’âme. Eloge des vanités, triomphe du friable, tout cela n’est pas la France. [Les poètes] qui, au fil des nuits, parlent à travers ces pages, le disent avec force : il y a encore une idée de l’homme à défendre."
Et l’ancien Premier ministre de conclure sur son propre avenir :
"A l’instant de passer la lanterne du veilleur, je sais que d’autres viendront, travailleurs du solstice. (...) Alors s’arracher, apprivoiser le large, offrir son visage au sel. Je n’ai pas peur. Ici, l’écume s’effrite et se disperse devant la parole intérieure qui grandit. Avec le ciel et le vent, il y a d’autres vies à vivre."
Le voleur de feu vient ainsi de transmettre son bien le plus précieux, la conviction que d’autres lui succéderont pour une humanité meilleure.
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Dominique de Villepin, Hôtel de l’insomnie, Paris, Plon, 2008, 106 p., 19 euros.

FONTE (image include): AgoraVox - France

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