Poésie - Couper court à la douleur
Édition du samedi 12 et du dimanche 13 avril 2008
Mots clés : L'Hexagone, Nicole Blouin, La route du sabre, Livre, Montréal, Québec (ville)
Mots clés : L'Hexagone, Nicole Blouin, La route du sabre, Livre, Montréal, Québec (ville)
Prendre avec Nicole Blouin «la route du sabre», c'est décider de suivre une voix discrète mais obstinée qui a le courage de la tranquillité. Une forme zen de se savoir au bord de l'abandon et, du même coup, chercher à résister: «Tu foules ma terre, je traverse ce qui me reste de vie avec une lucide innocence», nous dit l'auteure.
Dans «Nous ne sommes pas du même monde», première partie du livre, la poète donne corps au désir de l'autre, érotisant sa passion pour la pêche (que nous soupçonnons intense): «Au-dessus des volcans, truite arc-en-ciel, tu fais mouche [Oh! Le vilain jeu de mots! -- c'est moi qui souligne]. Mon sexe saumoné séduit ta verge qui me ferre avec délices au fond des abysses. [...] Ne jette pas l'ancre ni ton filet. Réjouis-toi, la rivière offre son lit à notre amour moucheté d'étoiles. [Et vlan! Nous voilà avec une deuxième mouche!]» S'il y a du bon dans ce récit poétique, c'est sans doute la dérive à laquelle se livre l'auteure. On passe d'un lieu à l'autre, comme si la terre entière se proposait démesurément en territoires propices.
Souvent, le murmure
Le laconisme parfois est garant d'une parole pleine. Ainsi ce texte de deux lignes: «Les oiseaux des glaces ont l'odeur des mélèzes après la pluie -- c'est tout ce qui importe vraiment.» En effet, trouver la voie de manière à ce que la poésie s'incarne comme essentielle, voilà ce qui mène Nicole Blouin dans le sens de la découverte du monde. Elle nous y entraîne, ma foi, souvent de belle façon: «Le chant du muezzin ne faisait qu'attiser ce manque de toi. Je suis Lazare. Je me suis crue morte tant de fois. L'extase des voisins devenait psaume. À petits coups d'intensité, Berbère d'un pays dévasté, je suis l'errance.»
La perte aussi de l'être qui semble pour un temps irremplaçable garde ce recueil juste au bord de la confidence. Tristesse et délice s'accompagnent, unissant douleur et bonheur en un mélange pluvieux: «Il est l'heure, il faut tuer le temps de l'absent.» La voix se fait violence et maintient le pari de la vie, coûte que coûte. Il est de ces livres qui, sans être parfaits, donnent une idée d'un avenir, et c'est le cas de cette Route du sabre. On y perçoit une écriture qui est en train d'advenir. Alors, retenons cette promesse de Nicole Blouin: «J'écris, je m'accroche. Vis.» C'est déjà beaucoup.
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Collaborateur du Devoir
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La route du sabre
Nicole Blouin, L'Hexagone, coll. «Écritures», Montréal, 2008, 64 pages
FONTE (photo include): Le Devoir (Abonnement) - Montréal,Québec,Canada
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